Les Nouveaux Militants

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Interview avec Paul Meyer, secrétaire national du mouvement des jeunes socialistes (MJS)

Rubrique : { Entretiens }

 

« La politique peut être autre chose qu’un vieux grisonnant sur un plateau télé »

Pour Paul Meyer, du MJS, l’émergence d’une nouvelle forme de militantisme est une chance : celle de voir les énergies s’additionner. Loin de l’instrumentalisation des associations parapolitiques à papa, il prône une complémentarité entre mouvement social et organisations partisanes, en toute autonomie.

Entretien réalisé le 28 juin 2007


En tant que responsable d’une organisation politique de jeunesse, quel regard portez-vous sur les nouveaux militants ?
Pour nous, c’est une chance. D’autant plus que nous avons su avoir un regard critique vis-à-vis de certaines associations parapolitiques qui ont flirté avec le feu (comme Ni putes ni soumises de Fadela Amara). Pour nous, le lien avec le mouvement social est très important, mais il doit être fait d’autonomie, nous n’irons jamais dire à une organisation associative ce qu’elle doit faire. Au contraire, nous sommes ravis de voir émerger des organisations qui savent gérer leur autonomie, c’est-à-dire qui ne sont pas dans une position de rejet du politique mais qui ne sont pas non plus dans la soumission ni dans la collusion. La société en a besoin.

Cela est-il révélateur d’une aspiration à faire de la politique autrement ?
C’est positif car c’est bien une nouvelle manière de faire de la politique. Avant, on mettait en place des associations parapolitiques pour essayer de happer les gens dans le champ politique en leur disant « va dans cette asso antiraciste et tu verras, c’est indépendant, y’a pas de politique derrière », alors que les ficelles étaient tirées par des politiques très très proches de ces associations. Du coup, l’émergence de ces nouvelles organisations autonomes représente une bouffée d’oxygène. Nous avons besoin de cette complémentarité-là. Le politique ne doit pas suppléer l’associatif mais exister dans un rôle de complémentarité. Il y a une place pour chacun dans cet espace, et chacun doit la porter. Nous avons besoin, et c’est sain, qu’il y ait cette diversité. C’est un soulagement et c’est fondamental pour nous.

Les pratiques de ces nouveaux militants vous influencent-elles ?
Sur les nouvelles pratiques, nous n’avons pas à rougir des nouveaux types d’actions. Par exemple, concernant les Don Quichotte, l’été dernier, des militants du MJS ont monté des tentes devant la place de la mairie à Bordeaux pour dénoncer le mal-logement des étudiants. Ce genre d’action un peu happening, assez originale sur la forme, et qui a pour but d’interpeller, nous baignons complètement dedans. Autre exemple, pendant les manifs contre le CPE, nous avons mis des jeunes à la poubelle devant les permanences de l’UMP, partout en France. Chaque journal régional a relayé l’info. Ce genre d’action a permis de lancer la mobilisation, de la populariser… C’est aussi un moyen de montrer aux jeunes que l’action collective peut-être autre chose que chiante et moche.

C’est important de se faire plaisir en militant ?
Le militant n’est pas quelqu’un qui s’engage pour souffrir, pour être triste, pour s’ennuyer. Au contraire, c’est quelqu’un qui s’engage parce qu’il a envie d’échanger des idées, parce qu’il a envie de construire quelque chose de très positif. Cela reste pour nous une bataille d’espoir malgré les défaites électorales. Il faut montrer que la politique peut être autre chose qu’un vieux grisonnant sur un plateau télé le soir.

Selon vous, il existe donc des ponts entre le mouvement associatif et les partis…
Il n’y a pas une opposition entre des nouveaux groupes qui inventent de nouvelles formes d’actions et des organisations politiques qui ne font que répéter ce qui a déjà été fait. Non, il y a tout simplement des gens qui sont en phase ou pas avec la société. En l’occurrence, les Enfants de Don Quichotte le sont. C’est générationnel. Aujourd’hui, la moyenne d’âge au MJS, c’est 21 ans. Nous avons baigné dans la société médiatique qui est devenue la nôtre. Depuis que nous sommes tout petits, nous apprenons le pouvoir et la puissance de l’image. Nous sommes familiarisés, de manière presque intuitive, avec les ressorts médiatiques. Cela nous permet de faire passer notre message. Sans une accroche originale, liée à une question d’image, on ne peut pas faire passer nos messages. Nous avons compris ça depuis longtemps.

Quelles sont les limites de ce type d’action ?
La seule limite que l’on se fixe c’est d’être toujours en cohérence avec le fond. C’est le message politique qui doit faire la communication. Il faut être très ferme là-dessus, car la tentation est grande de faire plus de com’ que de réfléchir au fond qu’on met derrière.

Oui, mais est-ce que c’est toujours efficace, de jouer comme ça avec les médias ?
Une action médiatisée permet d’orchestrer une pression et vis-à-vis de la société et vis-à-vis des socialistes. Nos députés quand ils voient que médiatiquement ça ressort un petit peu, ça les motive. C’est une question d’articulation entre conférences de presse, dossiers et actions.

Comment penser les relations entre nouveaux militants et les organisations partisanes ?
Il ne faut pas qu’il y ait juste cette plus-value du nouveau mode d’action, présente chez les nouveaux militants. Notre plus, c’est d’être des politiques et de porter un programme qui touche tous les aspects de la société. Nous avons vocation à prendre le pouvoir pour changer la société concrètement. Cependant, nous ne mettons pas le politique au-dessus du mouvement social. Nous le mettons à côté. Ce sont des interlocuteurs et c’est avec eux qu’on change les choses. Sans les diriger. On ne changera pas la société tout seul. Ceux qui souhaitent individuellement nous rejoindre peuvent le faire, mais l’organisation doit rester indépendante. Cela n’empêche pas de discuter, de partager des idées sur des modes d’action et des manières de faire.

Contrairement aux organisations politiques traditionnelles très structurées, les nouveaux militants se distinguent par leur émiettement. Ne s’agit-il pas d’un handicap pour, comme vous le dites, « changer la société » ?
L’émiettement a toujours existé dans les mouvements sociaux. Ce qui est nouveau, c’est la capacité de ces organisations à être médiatique et à saisir les pouvoirs publics sur leur thématique. Mais lorsque les Enfants de Don Quichotte arrivent à prendre du temps d’antenne sur France 2, ils ne l’enlèvent pas aux jeunes socialistes. On parle souvent de la notion de bataille culturelle dans la société. Tous ceux qui portent des idées de gauche, c’est une chance et une force quand ils trouvent des moyens de faire parler d’eux. Les énergies doivent s’additionner.

 

Propos recueillis par Laurent Jeanneau et Sébastien Lernould

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