Les Nouveaux Militants

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Interview de Alain Casier, militant du parti communiste

Rubrique : { Entretiens }

« Une logique de consommateur s’est inscrite dans la vie des militants »

A 56 ans, Alain Casier est toujours présent aux réunions de section du parti communiste du 10e arrondissement, à Paris. Le dimanche, il prend toujours sur son temps libre pour aller vendre l’Huma sur les marchés. « Le PC reste l’organisation la plus proche de mes convictions et de ma volonté de changer le monde », considère-t-il. Professeur de sciences économiques et sociales dans un centre de formation pour adultes, Alain Casier est resté fidèle au parti communiste pendant 40 ans. Issu d’une famille ouvrière, il a adhéré à la JC en 1967 et au PCF en 1968. Il se souvient des batailles de rues, des affrontements entre « cocos » et gauchistes à coup de barres en fer. Mais aussi de la « bouffée d’oxygène » que représentait le « Parti » par rapport à son milieu familial. Un moyen comme un autre d’échapper à l’emprise d’une mère possessive. Aujourd’hui, même s’il n’a pas coupé les ponts, Alain Casier porte néanmoins un regard lucide sur son passé : « L’idée même du communisme est une idée religieuse : c’était le paradis sur terre. Du coup, il y avait un excès de cohérence, tout était vu d’un point de vue global. On ne voyait pas que la nature humaine est très contradictoire. Tout était analysé à travers la domination de classe, sans aucune dimension humaine. » Il nous livre ses impressions sur l’émergence d’une nouvelle militance.

Entretien réalisé le 30 avril 2007

Comment appréhendez-vous le militantisme contemporain, au regard de votre propre expérience ?
Aujourd’hui, nous faisons face à un contexte d’affaiblissement du militantisme. C’est l’apparition d’un militantisme à la carte. On choisit ce qu’on veut faire, quand, avec qui. Une logique de consommateur s’est inscrite dans la vie des militants. On fait son marché.

Vous regrettez cette évolution ?
Le mouvement anti-libéral, l’altermondialisation, m’intéressent sur le fond. Mais je veux qu’il y ait des avancées, mêmes modestes. Le rejet des formes politiques est injuste. Le « tous pourris » infondé. D’autant plus que tous ces collectifs me paraissent manipulés. Le fonctionnement des partis est plus démocratique. La politique nécessite une vision générale que n’ont pas tous ces nouveaux mouvements. Certes, notre point de vue était trop cohérent, à l’époque où j’ai commencé à militer. Mais aujourd’hui, c’est l’excès inverse, nous sommes dans une phase de trop grande dispersion, de zapping.

Vous êtes sévère…
Comprenez moi bien, je trouve ça bien que des gens comme ceux de Jeudi-Noir se mobilisent contre la spéculation immobilière. Mais je ne voudrais pas que ces organisations se limitent à des symboles. Par exemple, le DAL n’a pas de vision globale du logement. Nous avons besoin d’une réponse politique à cette question. L’avantage de ces mobilisations, c’est qu’elles peuvent être une amorce, un élément déclencheur. Ainsi, RESF a réussi à montré l’injustice de la chasse aux sans-papiers. Mais la vie politique n’est pas une juxtaposition de problèmes. Leur raisonnement – qui revient à dire « on va combler une brèche à un endroit et quelqu’un le fera à une autre » – n’est pas tenable. On ne peut pas faire l’économie d’une réflexion globale.

Que pensez-vous des relations étroites que ces groupes entretiennent avec les médias ?
L’impact médiatique a une grosse limite : c’est un effet soufflet, qui retombe après. Prenez les Enfants de Don Quichotte, qui ont monté des tentes au canal Saint-Martin. Leur action spectaculaire, très visible, a permis de poser le problème des SDF à une large partie de la population, c’est bien. Mais la mobilisation retombe dès que les médias s’en détournent. Je ne pense pas que la politique se résume à une succession de coups médiatiques.

Aujourd’hui l’aspect festif est prégnant, à tel point que l’on a l’impression que militer c’est d’abord se faire plaisir…
L’aspect festif n’est pas nouveau. Nous aussi en 1968, on avait des mots d’ordre déconnants, des slogans imaginatifs. Quand on se faisait embarquer par la police, c’était la fête dans la prison. C’était les flics qui devenaient fous. C’est vrai qu’aujourd’hui l’humour tend à se généraliser, comme le montre cette action d’intermittents du spectacle qui occupent le haut d’un immeuble et demandent des parachutes dorés. C’est marrant, mais ce côté festif ne saurait se suffire à lui-même. Il a besoin d’être étayé par une argumentation politique. D’autant plus qu’il est très dur d’évaluer l’impact que peuvent avoir toutes ces actions coups de poing.

Entretien réalisé par Laurent Jeanneau et Sébastien Lernould

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