Yves Contassot, maire-adjoint de la Ville de Paris, membre des Verts
Rubrique : { Entretiens }« On ne peut plus se limiter aux schémas politiques traditionnels »
Yves Contassot analyse les relations qu’entretiennent les nouveaux militants et la sphère politique. Entre tentative d’OPA et nécessaire convergence, comment articuler le modèle associatif et la logique partisane ?
Entretien réalisé le 1er avril 2007
Assiste-t-on à un renouvellement des pratiques militantes ?
Cela me rappelle la période des années 1970, où il y avait un foisonnement d’initiatives. Cette effervescence est significative des périodes de crise, à la fois morale, économique et politique. C’est typique : face à une logique institutionnelle et bureaucrate lourde, à côté, il y a des gens motivés qui peuvent faire bouger les choses, qui s’impliquent dans le mouvement associatif, sur des thématiques concrètes qui leur tiennent à cœur.
Pourtant, il est de bon ton de dire que l’on assiste à une crise du militantisme…
Il existe une crise du militantisme politique, oui c’est vrai. Le modèle du militant PC stakhanoviste, à qui on demande d’être présent tous les dimanches sur les marchés pour distribuer des tracts et coller des affiches, c’est terminé. C’était le modèle du sacerdoce en politique. Mais aujourd’hui, les gens ne veulent plus entrer en religion. Le milieu associatif prend le relais. Les gens veulent s’investir sur des points concrets, sans avoir forcément la volonté de tout changer. Ils recherchent plutôt une efficacité immédiate. Et ils ne sont pas dans les mêmes logiques de pouvoir, de batailles internes propres aux partis, quoique… ce dernier point est plus discutable.
Ce nouveau militantisme n’est-il pas un désaveu de l’action politique traditionnelle ?
Non, ce n’est pas un désaveu du politique. Au contraire, cela oblige à repenser les partis non comme des organes extérieurs à la société mais comme des « partis-mouvement ». Aujourd’hui, l’enjeu est d’accompagner cette mouvance. C’est une évolution nécessaire.
Quelle vision portez-vous sur ces nouveaux militants ?
Je vois ça d’un bon œil, il faut éviter de penser qu’il y a un modèle unique de militantisme. Il faut bouleverser et repenser nos schémas. D’ailleurs, ces nouveaux militants sont très liés aux nouvelles technologies de l’information, c’est une logique de réseau. On ne peut plus se limiter aux schémas politiques traditionnels. Le référendum nous l’a prouvé. Internet a joué un grand rôle dans la dénonciation du traité constitutionnel européen. C’est la même chose pendant cette campagne présidentielle, les Verts et le PS sont incapables de dénoncer efficacement la politique de Nicolas Sarkozy, alors qu’une photo diffusée sur le web montrant l’attroupement de forces de l’ordre devant le QG du candidat de l’UMP, juste au-dessous du slogan « Imaginez la France d’après », a eu un impact considérable. Tout le monde a vu cette photo qui est très parlante.
Comment les partis se positionnent-ils face à ces nouveaux militants ?
On a eu ce débat au sein des Verts, mais ce n’est pas très théorisé. Dans les autres partis, la logique qui domine est toujours celle qui vise à faire des associations un relais du parti. Les OPA d’association par un parti restent dominantes. Il y a une vraie crainte des contre-pouvoirs. Si une association se positionne contre le projet d’un parti, elle est vécue comme un ennemi qu’il faut abattre.
Ces nouveaux militants maîtrisent parfaitement les codes des médias, qu’en pensez-vous ?
Oui, ils sont très médiatiques et arrivent à mettre une question sur le devant de la scène en quelques semaines. C’est lié à leur mode d’intervention : ils ont une culture du visuel très développée, pas une culture du discours comme on a pu l’avoir, nous autres vieux militants. C’est très générationnel. Mais attention, car l’inconvénient c’est que ce type de mouvement peut du coup être très éphémère. Voyez les Enfants de Don Quichotte par exemple. Ce type d’action est indispensable pour réveiller l’opinion mais insuffisante. La question de la pérennité de ces mouvements se pose avec acuité. Et c’est sans doute le rôle des partis de les accompagner sur la durée. Je dis bien accompagner car il ne s’agit pas de s’y substituer ou de les récupérer, ce serait une grosse erreur.
Propos recueillis par Laurent Jeanneau et Sébastien Lernould

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